Tuto pour réaliser un timelapse en infrarouge. - Alexandre Lachausse

Tutoriel pour réaliser un timelapse en infrarouge.

Lundi, 28 mai 2018

Théorie et matériel.

Dans ce tutoriel, je vais vous montrer ma manière de procéder pour réaliser un timelapse en infrarouge et surtout le matériel qu'il est nécessaire d'avoir. Je ne vais pas trop m’éterniser sur la théorie, je vais la survoler afin d’aborder quand même quelques bases. Mais si vous voulez en savoir plus, je vous conseille le site très complet infrarouge.photo


© elementschimiques.fr

© elementschimiques.fr

Nos yeux captent les ondes de 380 à 780nm environ, c’est ce qu’on appelle le spectre visible. Les capteurs de nos appareils photos par contre sont plus sensibles, mais ils ont un filtre devant qui bloque les proches infrarouge, on appelle ce filtre un IR cut ou hot mirror. En le remplaçant par un autre filtre on pourra capter des rayonnements jusque-là invisibles.


Il y a plusieurs possibilités lors d’un défiltrage, on peut remplacer le hot mirror par un filtre transparent ce qui nous fera un appareil « Full Spectrum » ou bien on peut mettre un filtre qui a une certaine longueur d’onde, par exemple 590, 720 ou encore 850nm. La première option est probablement la meilleure car elle vous permet d’avoir un appareil polyvalent. Il vous suffira d’ajouter vos filtres infrarouges ensuite sur vos objectifs, en fonction du rendu que vous souhaitez et vous pourrez toujours l’utiliser en visible, avec un filtre hot mirror externe, ainsi qu’en astrophotographie pour capter plus de couleurs dans le ciel profond.


Cela reste une opération relativement risquée si on souhaite la réaliser soi-même, mais le site Life Pixel propose des tutos bien pratique pour de nombreux boitiers.

Sinon, il y a des professionnels qui vous proposent de le faire, par exemple :


Eos for astro (en France)

Kolari Vision (aux USA)

Life Pixel (aux USA)


Maintenant parlons des objectifs car ceux-ci ne sont pas tous compatibles à l’infrarouge. Certains génèrent un hotspot au milieu de l’image ce qui les rend quasiment inutilisables. Il y a une liste détaillée sur le site Kolari Vision.


Finalement les filtres. C’est comme pour les filtres ND, il vaut mieux acheter de la qualité afin d’éviter les mauvaises surprises. Les sites cités au-dessus proposent de l'excellente qualité. Ce qui importe donc c’est la longueur d’onde pour le rendu que l’on souhaite :


A 590nm la végétation est particulièrement colorée et le ciel un peu plus contrasté.

A 590nm la végétation est particulièrement colorée et le ciel un peu plus contrasté.

A 720nm la végétation devient blanche et le ciel fortement contrasté et légèrement coloré.

A 720nm la végétation devient blanche et le ciel fortement contrasté et légèrement coloré.

Puis au-delà, ici 950nm, l’image devient monochrome avec une végétation très blanche et un ciel noir profond.

Puis au-delà, ici 950nm, l’image devient monochrome avec une végétation très blanche et un ciel noir profond.

Tous ces exemples sont des images développées et traitées.


La prise de vue

A présent que nous avons tout le matériel nécessaire, nous allons voir la prise de vue. On s’installe sur trépied, intervallomètre connecté, on visse notre filtre IR + ND au besoin et on commence à composer. Il est fortement conseillé de travailler en liveview, car on peut déjà avoir une idée du rendu et la mise au point se fait ainsi plus précisément. En effet, nos appareils et les autofocus sont calibrés à environ 500nm, donc il y a un décalage si on fait une mise au point via le viseur optique.


Pour commencer, on doit réaliser une balance des blancs personnalisée pour être au plus proche du résultat souhaité, afin de correctement exposer nos images. Pour ce faire, on réalise une première image sur du feuillage par exemple, puis on va dans le menu de la balance des blancs, on sélectionne « personnalisé », puis l’image que l’on vient de faire. Le boitier génère automatiquement une balance adaptée et ensuite il ne faut pas oublier de la sélectionner. Cette opération est à refaire si l’on change de filtre.


L’exposition est très importante en IR, il ne faut pas exposer à droite comme on le préconise pour le spectre visible, mais au ¾ de l’histogramme environ. Donc n’hésitez pas à vérifier une fois la photo faite, sur l’histogramme RGB pour voir où se situent vos canaux, principalement le rouge.


Voilà nous sommes prêts pour lancer la première séquence.


Le post traitement

Après avoir importé notre séquence dans Lightroom, nos images redeviennent plus rouges que l’on pouvait voir sur l’écran de notre appareil, ne vous inquiètez pas c’est normal. Lightroom est bloqué à 2000K, alors que notre BDB personnalisée descendait plus bas.


Pour y remédier on peut soit exporter une première fois notre séquence en .tiff 16 bits et réajuster de nouveau la BDB, soit créer un nouveau profil de notre appareil et c’est ce qu’on va voir ici.

Il vous faut pour ça le logiciel DNG Profile Editor, pour Windows ou pour Mac.


Ensuite il faut exporter une image de votre séquence en DNG.


On l’ouvre dans DNG Profile Editor « File => Open DNG Image (Ctrl + O)», on sélectionne l’onglet « Color Matrices » en haut à droite et on descend la température à -100.


C’est tout, maintenant on exporte le nouveau profil «File => Export Canon/Nikon/... profile… (Ctrl + E)» de notre appareil, dans le dossier normalement proposé par défaut. Si ce n’est pas le cas, il vous faut le retrouver en regardant l’arborescence ci-dessous et faîtes apparaître les dossiers cachés au besoin.


Redémarrez Lightroom pour qu’il prenne en compte ce nouveau profil, attention il n’est disponible seulement pour l’appareil avec lequel vous l’avez créé, donc vous devez créer autant de profil que vous avez d’appareil modifié.

A partir de maintenant on peut traiter notre séquence via LRTimelapse, en n’oubliant pas, bien évidemment, de sélectionner ce nouveau profil. (Voir le tuto pour réaliser un timelapse au besoin)


Puis faites la BDB avec la pipette sur des végétaux et quelques retouches selon votre goût, mais ne poussez pas trop les curseurs.


Et une fois votre développement effectué, vous pouvez exporter vos images en jpeg ou en tiff dans un nouveau dossier.

Nous importons maintenant notre séquence dans After Effects "Fichier => Importer => Fichier (Ctrl+I)" en vérifiant bien que la case "Séquence Importer..." soit cochée.


Faites comme vous avez l’habitude, stabilisez, enlevez les dernières poussières au besoin, puis on va appliquer l’effet "Mélangeur de couches" dans "Effet => Correction colorimétrique => Mélangeur de couches".


Voici, à gauche, les réglages par défaut et, à droite, les réglages que vous devez modifier. Faites bien attention à recopier correctement les bonnes lignes.


C’est une inversion des canaux bleu et rouge pour récupérer un ciel bleuté. Voilà une fois à ce stade votre clip infrarouge est terminé, vous pouvez encore peaufiner votre traitement ici sur AE ou garder un clip relativement flat et vous occupez de la colorimétrie finale sur votre logiciel de montage.


Voici un exemple de ma première réalisation.

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